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©William Burdett-Coutts |
C'est l'histoire d'un crime ordinaire
qui aurait pu sombrer dans l'oubli d'une nuit de décembre... Mais
quelque chose, dans l'horreur de ce viol mené par 5 brutes, ou dans
le destin tragique de celle qui les a combattus, a empêché cette
amnésie collective. Les rues se sont remplies d'une foule révoltée,
et leur cri a réveillé les mémoires réprimées de tous ces
traumatismes individuels enfouis pendant des années dans la
bienséance. Ce mouvement de catharsis porta un nom, celui donné à
cette jeune étudiante sacrifiée : Nirbhaya. En hindi :
« Celle qui n'a pas peur »
Ce surnom symbolique a survécu à cette femme. Il est aujourd'hui le titre d'une pièce de théâtre-témoignage qui vient d'être présentée avec succès en Inde. Sur scène, cinq actrices présentent sans pudeur leur propres histoires d'agressions sexuelles : depuis l'attouchement traumatisant d'une fille de neuf ans par un voisin au viol collectif et violent dans une rue de New York, en passant par l'effrayant témoignage d'une femme, le visage meurtri, brûlée à l'acide par ses beaux-parents à cause d'une dispute sur la dot.
Cette vérité, dévoilée dans l'obscurité d'une salle de théâtre, électrifie le public. Ce message authentique, glacial et poignant, cherche à créer un deuxième électro-choc : réveiller les mémoires de chaque spectateur, qui est une victime potentielle de violences sexuelles. En Inde, on estime qu'un enfant sur deux a subi un attouchement ou un viol.
Pour les aider à formuler ces mémoires enfouies, les actrices s'assoient sur scène, après chaque représentation, pour recueillir les paroles intimes de ces spectateurs secoués. Il n'était pas rare, alors, d'entendre des personnes se souvenir soudainement, ou révéler pour la première fois, des violences qu'ils ou elles avaient préférer oublier.
La metteur en scène, Yaël Farber, originaire d'Afrique du Sud, a déjà utilisé cette forme de théâtre-vérité pour libérer la parole des victimes de l'apartheid.
L'ampleur et l'acceptation criminelle des violences sexuelles en Inde mérite sans aucun doute de tels procédés pour permettre à la société d'avancer vers la réconciliation des genres.
Voici mon reportage autour de cette pièce émouvante.
Et pour aller plus loin, une interview de la metteur en scène
"Nirbhaya" a reçu le prix pour la Liberté d'expression, décerné par Amnesty International.