jeudi 16 janvier 2020

New Delhi : Airpocalypse Now

Ce jour-là, le soleil ne s’est pas levé sur New Delhi. Et cette nuit a duré cinq jours. Nous sommes mi-novembre dans la capitale indienne, et tout est normal. La pollution automnale reprend ses droits et la mégalopole de 20 millions d’habitants nage dans un nuage acre qui colle à ses immeubles, à ses lampadaires et s’invite même dans les salons mondains. Mystique et toxique.
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En fin de journée, dans les rues du sud huppé de la ville, alors que la grisaille diurne laisse place à un gris plus opaque, des êtres sans visages se démarquent dans la brume : ce sont quelques bourgeois téméraires sortis promener leur chien, masque sur le visage. A l’intérieur des maisons, les enfants sont en cage, les parents en rage. Impossible pour la marmaille de sortir jouer au parc avec une concentration en particules fines qui dépasse les 500 microgrammes par m3, soit vingt fois le niveau maximum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé. Minal Shah fait donc jouer ses enfants au cricket… dans le salon. Son garçon de trois ans, surexcité, lui monte sauvagement sur le dos et lui mord les épaules. L’animal ne tiendra pas longtemps enfermé. Mais c’est un moindre mal. Dans la classe de sa fille de cinq ans, d’autres enfants ont de l’asthme ou des bronchites chroniques et doivent prendre des stéroïdes pendant l’hiver.
Dans le grand appartement de cette famille aisée, quatre purificateurs d’air tournent en permanence dans le coin des pièces, comme des sentinelles protégeant ses habitants privilégiés de la contamination extérieure. Il est souvent difficile de ressentir la différence entre un niveau de particules fines de 200 µg/m3, considéré encore toxique, et le 50 purifié que ces machines qui coûtent plusieurs centaines d’euros assurent relâcher – mais la frénésie emporte la classe moyenne et le marché de la purification de l’air, inexistant il y a quelques années, s’envole. Au point de devenir un signe de reconnaissance sociale. «Tu n’as pas de purificateur d’air chez toi ? s’étonne, sarcastique, un Indien trentenaire venu chez son ami pour une soirée. Tu n’es pas un vrai résident du sud de Delhi !»
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En fait, le bourgeois de Delhi est en crise existentielle, une question en tête: «Should I stay or should I go ?» Cela fait plus de quatre ans que le gouvernement régional lutte de manière acharnée contre ces particules - il interdit aux bureaux et commerces d’utiliser des générateurs au diesel et vient même de forcer, sacrilège, les nouveaux riches à laisser leur voiture au garage pendant deux semaines de circulation alternée. Et pourtant, rien ne change. Pire, les taux empirent et New Delhi ne se défait pas de ce titre de capitale la plus polluée du monde. Alors certains décrochent : cet agent immobilier asthmatique part vivre avec sa famille à Goa pendant le mois de novembre d’airpocalypse. Et d’autres, comme Minale et ses enfants, prévoient de quitter cette ville, définitivement, vers la côte de Bombay – ville chaotique et surpeuplée, mais où la pollution atmosphérique, au moins, est balayée par la brise marine.

Cette chronique a été publiée dans Libération le 29 novembre

lundi 13 janvier 2020

Loi sur la citoyenneté : le gouvernement exclut les musulmans

L’avenue qui longe l’université musulmane de Jamia Millia Islamiyah est envahie de monde. Les étudiants de cette faculté réputée du sud de New Delhi protestaient lundi pour la cinquième journée consécutive contre l’amendement de la loi sur la citoyenneté, adoptée par le parlement la semaine dernière. Celui-ci facilite la naturalisation d’Afghans, Pakistanais et Bangladais résidant en Inde depuis cinq ans, à condition qu’ils ne soient pas musulmans. «Ce gouvernement ne considère pas que les musulmans peuvent avoir les mêmes droits que les autres, lance le jeune Shadab, étudiant d’anglais de la faculté. Il est en train de détruire notre constitution.»
Le gouvernement nationaliste hindou affirme vouloir offrir refuge aux minorités religieuses «persécutées» dans ces trois pays musulmans, principalement des hindous, mais la mesure semble contraire à l’article 14 de la constitution laïque de l’Inde, qui reconnaît l’égalité de tous les résidents indiens, quelle que soit leur religion. L’adoption de cette loi marque donc un tournant radical : si elle n’est pas annulée par la Cour suprême, auprès de laquelle l’opposition a fait appel, la religion pourra devenir un facteur d’acquisition de la nationalité indienne – et un nouveau critère de discrimination envers les musulmans, visés par les nationalistes hindous au pouvoir.

Fleurons universitaires

Le gouvernement de Narendra Modi a réussi mercredi dernier, grâce à un jeu d’alliances et de pressions sur les partis régionaux, à faire passer cette législation controversée à la chambre haute, où il ne détient par la majorité absolue. Mais ce sont maintenant les Indiens éduqués des plus grandes universités qui se révoltent contre cet affront aux fondements laïcs du pays. Les facultés musulmanes sont bien sûr en première ligne dans les villes d’Aligarh ou de Lucknow (Uttar Pradesh, nord) et de New Delhi, mais de manière beaucoup plus rare, les fleurons universitaires de l’Indian Institute of Management d’Ahmedabad et les Indian Institute of Technology de Bombay et Kanpour, classés parmi les meilleurs d’Asie dans leur domaine, ont également rejoint le mouvement. «Nous ne sommes pas contre l’amendement à la loi sur la citoyenneté, mais contre sa nature discriminatoire, explique Meesam Jafri, étudiant de l’IIT Kanpour et l’un des organisateurs de la marche prévue mardi dans cette ville. L’accueil de minorités persécutées doit se faire sans restriction sur la religion. Ainsi, nous devrions accueillir les rohingyas birmans ou les tamouls sri lankais.»
L’étincelle qui a réveillé cet esprit de révolte est la répression de la manifestation de dimanche aux abords de l’université de Jamia Millia Islamiyah, dans la capitale. En fin d’après-midi, quatre bus municipaux sont vandalisés ou incendiés à quelques kilomètres du campus. Quelques heures après, la police entre de force dans la faculté, sans l’autorisation réglementaire de sa direction, envoie du gaz lacrymogène dans la bibliothèque et blesse de nombreux étudiants, dont deux par balle.

Policiers casqués

Lundi, les étudiants étaient donc remontés contre la brutalité de cette police contrôlée par le gouvernement central. «C’est la police qui a mis le feu aux bus», clament plusieurs d’entre eux, en nous montrant une vidéo. Celle-ci montre en effet un homme d’une quarantaine d’années, finement rasé et bien habillé, arroser les sièges d’un bus avec un liquide qui sort d’un bidon. Il ne porte pas d’uniforme mais des policiers se trouvent à proximité du véhicule. Une autre montre des policiers casqués et en armure encercler des jeunes et s’acharner à coups de bâtons sur un homme à terre, le nez en sang. La police affirme avoir usé d’un «minimum de force» et soutient que des vandales ont attaqué les agents et les bus.
Les partis d’opposition, qui ont voté contre le texte au parlement, emboîtent le pas de ce mouvement populaire : à Calcutta, la cheffe du gouvernement de la région du Bengale a mené lundi une marche de 7 kilomètres, alors que le Congrès a organisé un grand rassemblent de l’unité samedi à Delhi. En tout, les dirigeants de cinq états fédérés ont annoncé qu’ils n’appliqueraient pas cette loi.
Pour le gouvernement, cela est un signe que l’opposition essaie de «diviser le pays». «Nous devons maintenir la paix, l’unité et la fraternité», a ainsi tweeté lundi le Premier ministre. Mais à New Delhi, certains hindous défilent justement dans ce but. «Cette loi vise une minorité. Et c’est ce que fait ce gouvernement depuis le début : isoler l’"autre" dans la communauté, analyse Somia Bejjal, professeure d’université venue à une grande manifestation dans la capitale samedi. Pour contrer cela, la majorité doit sortir pour soutenir la minorité, afin de montrer que nous sommes une démocratie qui croit en l’égalité de tous.»

Article publié dans Libération le 16 décembre 2019

vendredi 10 janvier 2020

L'université Jawarhalal Nehru attaquée: les hindouistes accusés de réprimer l'esprit critique de la jeunesse

«Nous ne céderons pas à la violence et au fascisme.» C’est sous cette bannière que des centaines d’étudiants venus de nombreuses universités ont défilé mercredi dans les rues de la capitale indienne, en solidarité avec ceux de Jawaharlal-Nehru (JNU), qui a subi dimanche soir une attaque particulièrement violente. Trois heures de terreur dans l’une des plus prestigieuses facultés du pays, l’équivalent en Inde de la Sorbonne, située dans le sud de New Delhi.
Il est environ 18 heures, dimanche, quand Dolan Samanta, une étudiante en histoire de 23 ans et membre d’un syndicat de gauche, AISA, reçoit les premiers appels de détresse d’élèves présents sur le campus. «Les membres d’ABVP viennent d’entrer, ils nous menacent», lancent ces étudiantes en faisant référence au syndicat étudiant nationaliste hindou Akhil Bharatiya Vidyarthi Parishad (ABVP), lié au parti du BJP au pouvoir.

«Grosses briques et barres de fer»

Quelques minutes après, la troupe de cinquante à cent personnes, armées de barres de fer et de longs marteaux, arrive dans le bâtiment de Sabarmati, où Dolan se trouve. «Nous avons essayé de former une chaîne humaine pour nous protéger, mais ils nous envoyaient des grosses briques et des barres de fer.» Les assaillants brisent les vitres et les tables, cassent les meubles et frappent même un étudiant aveugle. Les professeurs essaient de s’interposer mais sont également visés. «Ils m’ont attaqué, je suis tombé au sol et quatre ou cinq personnes m’ont frappé», témoigne l’enseignant Saugata Bhaduri, encore sous le choc. Aishe Ghosh, la présidente de l’Union des étudiants de l’université (JNUSU), affirme avoir été encerclée par une dizaine d’assaillants, frappée pendant «au moins deux minutes avec des barres de fer sur le dos et la tête». Elle a fini aux urgences, la tête en sang, avec 34 autres étudiants et professeurs.
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Cette nuit de cauchemar est inédite, selon les plus anciens professeurs : «JNU a une longue culture de débats agités, mais jamais de violence !» insiste Sucharita Sen, professeure blessée. Qui en est responsable ? Les victimes n’ont pas eu le temps d’identifier les assaillants. Mais beaucoup d’éléments indiqueraient la responsabilité du syndicat étudiant ABVP, et de groupes affiliés à la sphère nationaliste hindoue. L’une des assaillantes masquées présente sur une vidéo serait Komal Sharma, membre du syndicat. Elle a été identifiée par l’une des responsables de l’ABVP, Anima Sonkar, qui a également reconnu qu’un groupe WhatsApp avait été créé pour «se défendre». Les messages de ce groupe ont été rendus public par un journaliste qui l’avait infiltré. Appelé «Unity against Left» puis «Friends of RSS», il appelait ses membres, affiliés à la droite hindoue et à l’ABVP de l’université, à «se retrouver devant la porte centrale de JNU» pour combattre la «terreur de gauche», assurant que la «police n’interviendra pas» et qu’ils ont «le soutien du directeur».

Situation tendue depuis plus de deux mois

La secrétaire générale de l’ABVP, Nidhi Tripathi, dément. Selon cette thésarde de JNU, la bataille a été provoquée par les syndicats de gauche qui ont «attaqué nos membres à partir de midi». La situation était tendue depuis plus de deux mois entre les deux camps, à cause de la décision de la direction de tripler les frais d’inscription et de résidence, ce qui exclurait une grande partie des étudiants pauvres et changerait l’esprit même de cette faculté publique. La plupart des syndicats du campus étaient opposés à cette mesure et boycottaient les inscriptions de janvier, sauf l’ABVP.
La direction de l’université aurait, elle, failli à sa mission de sécurisation du campus : elle affirme avoir appelé la police à 17 heures, mais celle-ci soutient avoir reçu l’appel seulement deux heures plus tard, laissant aux vandales le temps d’agir et de repartir.
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La police n’a pour l’instant arrêté personne, mais a entamé des poursuites contre Aishe Ghosh, présidente du JNUSU blessée dans l’attaque, pour avoir coupé samedi les serveurs de l’université et empêché ainsi les inscriptions. Un groupe hindouiste, le Hindu Raksha Dal, a revendiqué l’attaque de dimanche au nom de la «défense de l’hindouisme», mais sans apporter de détails crédibles. Par contre, cette intimidation sert les objectifs du gouvernement, qui cherche depuis des années à briser JNU, faculté progressiste et foyer de la critique de son idéologie hindouiste et de la récente loi sur la citoyenneté. Il accuse ses étudiants de gauche d’encourager la sécession dans le pays, surtout depuis des manifestations qui s’y sont tenues en 2016 en faveur des droits des Cachemiris. Le parti du Premier ministre veut ainsi imposer sa vision nationaliste à ces étudiants, entre autres à travers son syndicat allié.
Mais aujourd’hui, le recours à une telle violence choque. Selon Abhijit Banerjee, ancien élève de l’université et prix Nobel d’économie 2019, cette répression violente de l’opposition intellectuelle «ressemble bien trop aux années qui ont mené au régime nazi en Allemagne».

Article publié dans Libération du 9 janvier 2020

vendredi 13 septembre 2019

En Inde, ces villages qui font barrage à la désertification

Le village de Vankuté a intégré le programme de WOTR depuis 2000.
Plantations d'arbres, rétention d'eau ont reverdi cette vallée ©SF
Alors que se conclut aujourd'hui la 14e Conférence des Parties sur la lutte contre la désertification, à New Delhi, voici un exemple de comment une ONG et des villageois réussissent, sur le terrain, à repousser le désert. 

La voiture grimpe doucement la route goudronnée. Elle vient de délaisser les grands axes surpeuplés de la région de Pune et escalade les rives des plateaux des Ghats occidentaux (le long de la côte ouest de l'Inde) de l’Etat du Maharashtraà 400 km de Bombay. Les habitations sont clairsemées, la terre plus aride. Mais entre ces collines, l’association Watershed Organisation Trust (Wotr) aide les paysans depuis vingt-cinq ans à mieux apprivoiser les eaux pour lutter contre la désertification de leurs champs.
«Regardez ces arbres, lance Prashant Kalaskar. Nous les avons plantés il y a une vingtaine d’années. Vous pouvez deviner leur âge par la largeur de leur tronc.» Cet ingénieur enthousiaste est le responsable adjoint de cette association dans la région et l’un des architectes de ce projet de restauration du bassin versant. Sur la colline qui surplombe le village de Vankuté, la forêt, dense, s’élève en rempart naturel : les racines des arbres retiennent la terre en cas de pluie. Le village reçoit 400 mm de précipitations par an, ce qui le classe, comme près de la moitié des terres indiennes, en zone semi-aride. A présent, ces pluies précieuses pénètrent mieux les sols et rechargent la nappe phréatique, au lieu de s’enfuir vers la vallée.
Cette démonstration conclue, l’ingénieur saute du véhicule pour se planter devant un monticule de pierres placé au travers du lit de la rivière dévalant la montagne. «Ceci est un gabion, poursuit Prashant Kalaskar d’un air docte. Les pierres sont retenues entre elles par du fil de fer. Cela ralentit le flot de la rivière et laisse le temps à l’eau de s’écouler dans les ruisseaux adjacents pour recharger les puits et la nappe phréatique.» Dans ce village de 1 000 hectares, Wotr a construit sept barrages avec l’aide des villageois. Certains sont de grande taille et renforcés de ciment pour former des petites aires de retenue.

Alcool interdit

Préservation de la forêt et gestion de l’écoulement des eaux : tels sont les deux piliers de ce projet de lutte contre la désertification. Des principes assez basiques mais qui ont nécessité des efforts de la part de la communauté de Vankuté. Quatre règles strictes ont été imposées lors du lancement, en 2000 : interdiction de couper le tronc des arbres et d’aller faire brouter les animaux dans la forêt pour éviter qu’ils mangent les jeunes pousses. Chaque agriculteur devait travailler gratuitement quatre jours par mois pour creuser les tranchées de la rivière ou construire les barrages et, enfin, interdiction de boire de l’alcool, pour «maintenir l’harmonie dans le village».
Pandurang Shankar Hande,
l'un des responsables du comité de suivi du projet,
 dans son champ ©SF
La résistance a été vive, se souvient Pandurang Shankar Hande, un sexagénaire. Surtout concernant l’interdiction de brouter, combattue par les populations tribales, et celle de boire. Certains ont même porté plainte contre le comité du village pour cette abstinence forcée, mais cela a finalement été accepté. Vingt ans après, l’alcool demeure interdit dans cette communauté de 400 foyers. Le gros œuvre et l’expertise de Wotr ont été financés par l’Agence suédoise de développement, mais au bout de quatre ans, les villageois étaient indépendants. «Avant, nous n’avions pas assez d’eau à boire pendant l’été et nous dépendions de camions-citernes qui s’arrêtaient à 2 km du village, relate Bajirao Baban Hande, un agriculteur. Maintenant, cela n’arrive plus. Nous pouvons même avoir une deuxième récolte pendant la saison chaude et vendre ces aliments.»
Les plants de grenades, tomates et petits pois sont ainsi venus s’ajouter aux cultures d’oignons et de millet qui nécessitent peu d’eau. Ces revenus supplémentaires ont révolutionné la vie des habitants. Ils ont d’abord arrêté de migrer : «Avant, 80 % des habitants partaient travailler hors du village pendant l’été, dont une partie à Bombay, continue ce paysan. Aujourd’hui, à peine 10 % vont travailler dans les villages voisins.» Le confort s’est ensuite installé et la nouvelle génération en bénéficie. «Dans ma jeunesse, je n’avais que deux habits et aucune paire de chaussures, raconte un autre villageois, qui dit venir d’une famille illettrée. Maintenant, j’ai de belles chaussures, une maison en dur et mes enfants font des études à Bombay. Mes revenus ont été multipliés par dix en quinze ans.» Les autres agriculteurs relatent des succès similaires.
Wotr, qui a reçu en 2017 le prix Land for Life de l’ONU pour sa lutte contre la désertification, a accompagné dix-sept villages de ce district d’Ahmednagar. Le projet de Vankuté a coûté 10 millions de roupies (230 000 euros de l’époque) et selon leurs calculs, cet investissement a été «rentabilisé» au bout de quatre ans à travers l’augmentation des rendements et des ventes des paysans. L’organisation américaine World Resources Institute a calculé qu’une telle restauration des terres entraînait des revenus trois fois plus élevés que le coût du projet.

Averses plus intenses

A Bhoijdari, autre village accompagné par Wotr et situé à quelques kilomètres de Vankuté, le chef du comité du bassin milite à présent pour convertir les terres à l’agriculture biologique car cela permet de mieux gérer l’eau. Avec le changement climatique, les averses sont plus rares mais plus intenses, ce qui inonde les terres. «Or les champs que je traite de manière biologique ont des vers, ce qui crée des trous et permet à la terre de mieux absorber cette eau.» Il nous le prouve en montrant comment ses plants de pois biologiques ont résisté aux récentes pluies torrentielles, alors que son voisin, qui traite de manière conventionnelle, a tout perdu. Du reste, les engrais chimiques doivent être dilués, ce qui requiert bien plus d’eau que les mélanges de bouse de vache qui peuvent être appliqués directement sur les plants. Cette optimisation des ressources devient une question de survie : comme une bonne moitié du pays, Vankuté sort de deux ans de forte sécheresse. Les précipitations ont été divisées par deux, menaçant le village isolé d’être classé en zone aride.

Article publié dans le Libération du 1er septembre

vendredi 7 juin 2019

Vague de chaleur: la climatisation, une solution périlleuse

Le pays, qui fait face à une vague de chaleur supérieure à 50°C dans le Nord, lance un plan de transition énergétique pour réduire l’utilisation de machines individuelles, énergivores et relâchant trop de gaz à effet de serre.

Il est 14 heures et le mercure dépasse déjà les 42 degrés à l’ombre. Les piétons ont déserté l’asphalte de Defence Colony, quartier huppé du sud de New Delhi et seuls quelques pédaleurs de vélo-taxis attendent des clients, épuisés. «C’est intenable de rouler sous cette chaleur, lâche l’un d’eux, le corps sec et la voix cassée. Je bois six ou sept litres d’eau par jour et ce n’est pas assez. Parfois ma tête tourne tellement que je tombe inconscient.»
Comme chaque année au mois de juin, le nord et le centre de l’Inde, éloignés des brises maritimes, sont frappés par une vague de chaleur infernale. Au Rajasthan, le seuil des 50 degrés a été dépassé ce week-end, devenant l’un des points les plus chauds du globe. Et cela ne fait qu’empirer : les températures moyennes ont augmenté de 1,2 degré en un siècle et ce réchauffement est deux fois plus rapide depuis 1990. La dernière décennie a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée en Inde. L’une des causes locales de ce réchauffement climatique est l’urbanisation rapide du pays : les espaces verts sont remplacés par des forêts de béton et des millions de véhicules supplémentaires arrivent chaque année sur les routes, relâchant des gaz d’échappement nocifs pour l’environnement.
Pour se protéger de cet enfer urbain, les Indiens n’ont plus qu’un choix : la climatisation. «La première chose que je fais quand je rentre chez moi, c’est allumer le climatiseur, dit Vikas, un cadre trentenaire qui sort de son bureau climatisé pour aller vers sa voiture climatisée, et qui suffoque en parcourant les 500 mètres dans l’air brûlant du parking. Il y a quinze ans, on pouvait dormir sur le toit à New Delhi, mais aujourd’hui c’est impossible, il fait trop chaud.»
240 millions de climatiseurs
Cette solution individuelle de la climatisation représente toutefois un désastre collectif : ces machines relâchent tout l’air chaud des bâtiments vers l’extérieur, créant de terribles îlots de chaleur. Les gaz à effet de serre qui les font tourner fuient dans l’atmosphère et enfin, elles requièrent énormément d’énergie. En été, 40% de l’électricité de New Delhi est consommée uniquement pour la réfrigération.
Le problème ne fait qu’émerger : aujourd’hui, à peine 10% des Indiens sont équipés de climatiseurs et plus de 4 millions de nouvelles machines sont vendues chaque année. A ce rythme, selon l’agence internationale de l’énergie, l’Inde pourrait compter 240 millions de climatiseurs en 2030, contre 15 millions en 2011, faisant du pays l’un des plus grands consommateurs de réfrigération du monde.
Le gouvernement vient donc de lancer un «plan d’action de la réfrigération», avec pour but de réduire de 25 à 40% les besoins en énergie pour le refroidissement d’ici à 2037-2038. Un comité vient de rendre un rapport recommandant des mesures pour y arriver. «La priorité est de modifier le code du bâtiment, insiste Chandra Bhushan, directeur adjoint du Centre for Science and Environment et coauteur de ce rapport. Nous devons nous assurer que les nouveaux bâtiments sont mieux isolés et ont besoin de moins de refroidissement. Cela passe par la généralisation du double vitrage, la ventilation naturelle ou les climatiseurs de quartier. Cela sera difficile mais nous n’avons plus le choix : nous n’aurons bientôt plus assez d’énergie pour refroidir tous les bâtiments.»
Tuyaux froids
Des systèmes alternatifs existent déjà, mais n’ont pas été répliqués à grande échelle. Dans le centre d’affaires de Gurgaon (sud-ouest de New Delhi), le promoteur immobilier DLF a installé il y a onze ans un énorme et très économe climatiseur de quartier. DLF produit d’abord son électricité grâce à du gaz naturel. Les fumées brûlantes sont récupérées et servent à chauffer de l’eau, qui s’évapore et retombe ensuite, grâce à un mélange chimique, en gouttelettes froides. Cette eau de 7 degrés est ensuite envoyée dans un réseau de tuyaux qui passe dans tous les bâtiments et des ventilateurs soufflent sur ces tuyaux froids, ce qui rafraîchit l’intérieur des pièces.
Cette technologie de «réfrigération par absorption de gaz» permet à Broad, la multinationale chinoise engagée pour ce projet, de refroidir douze immeubles et 1,6 million de m2 de bureaux et appartements répartis sur 3 km2, ce qui en fait le plus grand projet de la sorte en Inde. Et le tout sans utiliser de gaz polluant et en consommant 60 fois moins d’énergie que les climatiseurs électriques. L’installation est ainsi rentabilisée en trois ans.
Seul inconvénient, il faut construire ce réseau en même temps que les bâtiments. Mais l’Inde est en plein chantier, offrant des débouchés à cette technologie écologique. Dans le sud de l’Inde, l’Etat de l’Andhra Pradesh est par exemple en train de se construire une nouvelle capitale, Amaravati. Et la firme émiratie Tabreed, détenue à 40% par le français Engie, a été engagée pour développer et gérer le système de climatisation de quartier des futurs bâtiments publics du centre de cette ville, sur une zone de 1 km2.

Article publié dans Libération du 6 juin.

Et pour écouter la version audio, et visiter cette centrale de réfrigération écolo, voici le reportage sur France Culture 


mercredi 5 juin 2019

Deuxième mandat historique pour l'hindouiste Narendra Modi


Le parti du Premier ministre, le BJP, a remporté les législatives à la majorité absolue pour la deuxième fois consécutive. Un résultat obtenu, en dépit d’une situation économique mauvaise, grâce à une campagne axée sur la division religieuse et la surenchère sur la menace terroriste



Deux militants en tunique safran et or arrivent solennellement devant le siège du Bharatiya Janata Party (BJP), au son de leur conque religieuse et munis d’un sceptre artisanal : un bâton d

e deux mètres coiffé de rayons solaires qui tournent autour du visage de Narendra Modi. Il est midi, et l’image du nouveau «Roi Soleil» règne déjà sur la destinée de 1,3 milliard d’Indiens. Le parti nationaliste hindou, au pouvoir depuis 2014, s’est assuré jeudi une victoire historique : il remporte la majorité absolue pour la deuxième fois consécutive, ce qui n’était pas arrivé depuis 1984. Seule la formation la plus ancienne du pays, le Congrès, avait réussi un tel exploit.
La centaine de partisans réunis devant le QG du BJP exultent, font exploser des pétards et sonner les tambours au chant de «Vive Ram, vive Modi», assimilant le dieu hindou au leader charismatique. Ces élections législatives indiennes sont devenues un référendum sur la personne de Modi, tant il a transformé sa fonction de Premier ministre d’un Etat fédéral en une direction présidentielle centralisée. Ses décisions les plus controversées et dévastatrices, comme le retrait de l’essentiel des billets de banque en 2016, ont ainsi été prises quasiment sans consultations - une procédure autoritaire qui a choqué au sein de la démocratie la plus peuplée du monde.
Mais Narendra Modi remporte finalement le plébiscite : tout le nord et le centre de l’Inde, du Rajasthan jusqu’au Bengale, ont été balayés par une vague safran, couleur de l’hindouisme et du BJP, qui a même emporté le siège d’Amethi, circonscription tenue par la dynastie des Nehru-Gandhi depuis 1980. Le député sortant de cette ville de l’Uttar Pradesh n’est autre que Rahul Gandhi, président du Congrès, principal parti d’opposition, et aspirant au poste de Premier ministre. Il ne conserve son poste de député que grâce à sa deuxième candidature et sa victoire à Wayanad, une localité bien moins conflictuelle. Seules les régions méridionales du Kerala et du Tamil Nadu ont échappé au tsunami hindouiste du BJP ou de ses alliés.

Second souffle

Rien n’était pourtant gagné pour Narendra Modi, dont le bilan économique est particulièrement mauvais : le chômage a triplé en six ans, des centaines de millions d’agriculteurs sont dans une détresse affolante et les mesures choc prises par son gouvernement n’ont fait qu’empirer la situation. Pendant la campagne, le BJP a donc évité tous ces thèmes, ainsi que les promesses de développement qui l’ont porté au pouvoir en 2014, et privilégié des sujets plus populistes, comme la sécurité nationale et la division religieuse.
Deux mois avant le début du scrutin, un événement tragique a offert un second souffle au Premier ministre et s’est avéré déterminant dans sa victoire : une terrible attaque de terroristes pakistanais a tué 41 paramilitaires au Cachemire indien. Dix jours après, le gouvernement a répliqué en envoyant des chasseurs bombarder un camp de terroristes au Pakistan, une manœuvre inédite qui définit toute la dialectique du BJP.
Modi se présente dès lors comme le «gardien» de la nation indienne contre les islamistes voisins, et le référendum devient impossible à remporter pour l’opposition. «C’est le terrorisme ou Narendra Modi», avertissent les candidats du BJP pendant la campagne. Dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, qui connaît depuis longtemps des tensions entre hindous et musulmans, le chef du gouvernement régional, un moine radical du BJP, sillonne l’Etat en présentant l’islam comme un «virus» et les musulmans comme des traîtres qui collaborent avec le Pakistan. Ce discours venimeux lui vaut une interdiction de faire campagne pendant trois jours, une sanction rare de la Commission des élections, mais la méfiance religieuse est instillée et le BJP ratisse le vote majoritaire des hindous.

Omniprésence

«Cette victoire montre qu’en Inde, on peut désormais remporter une grande élection sans avoir un bon bilan économique, analyse Gilles Verniers, directeur du centre de données politiques de l’université Ashoka, à New Delhi. L’Inde suit ainsi une trajectoire qu’on voit de plus en plus dans le monde, selon laquelle des gouvernements qui ont peu de prise, voire un impact néfaste, sur l’économie de leur pays parviennent à se maintenir au pouvoir par des moyens populistes, en jouant sur les émotions, le patriotisme, la sécurité nationale ou l’immigration. L’Inde est rentrée de plain-pied dans cette catégorie.»
Une des recettes de cette victoire historique est également le manque d’alternative solide : le seul parti national d’opposition, le Congrès, a d’abord été rendu invisible et inaudible pendant les cinq dernières années par l’omniprésence médiatique de Narendra Modi, à la télévision, à la radio et dans les journaux. Il n’a pas donné une seule conférence de presse pendant son mandat mais s’est adressé quasiment tous les mois aux Indiens par de longues interventions au micro de la radio publique, tel un Chavez hindou et de droite.
Et surtout, le Congrès, qui a dirigé l’essentiel des gouvernements depuis l’indépendance de l’Inde, n’a pas su se renouveler depuis sa défaite cuisante de 2014. «Ils sont à la fois déprimés, dépressifs et arrogants, ce qui est une combinaison désastreuse, poursuit Gilles Verniers. Le problème du parti du Congrès, c’est qu’ils ne savent pas faire sans les Gandhi». Rahul Gandhi, quatrième génération à la tête de la formation, a surtout présidé au déclin du Congrès. Il a présenté sa démission jeudi soir, mais elle sera certainement refusée, faute de remplaçants.

Article publié dans Libération le 24 mai. 

lundi 15 avril 2019

Législatives en Inde: Modi amadoue les hindous

Les drapeaux safran et vert du Bharatiya Janata Party flottent sur l’esplanade de Ramlila, à Ghaziabad, dans la banlieue Est de New Delhi. Plusieurs centaines de personnes sont amassées en ce bouillant dimanche après-midi pour le meeting du parti nationaliste hindou (BJP, «parti du peuple indien»). Un homme au crâne rasé et drapé d’une toge surgit sur l’estrade : c’est Yogi Adityanath, moine radical hindou et chef du gouvernement de cette région de l’Uttar Pradesh, le plus grand Etat indien (230 millions d’habitants). Il est venu ici soutenir la candidature de Vijay Kumar Singh, ancien chef d’état-major des armées et député local en campagne pour sa réélection sous la bannière du BJP.
Le moine-politicien adopte un ton martial pour critiquer le Parti du Congrès, dans l’opposition : «Les gens du Congrès collaboraient avec les terroristes et leur offraient du biryani à manger, assène-t-il. L’armée de Narendra Modi, elle, leur fait manger des balles et des bombes. Nous avons réduit les terroristes en cendres et brisé le dos du Pakistan. Tout ce qui était impossible avant est possible aujourd’hui, car c’est Modi qui commande.» La foule exulte et répète, comme un seul homme, le nom du Premier ministre : «Modi, Modi, Modi !»

Bras idéologique

Le ton agressif et nationaliste est donné pour cette campagne des plus grandes élections du monde : 900 millions d’Indiens vont renouveler, à partir de ce jeudi, la Chambre basse du Parlement via un scrutin mené par phases pendant cinq semaines, dont les résultats seront annoncés le 23 mai. Le BJP a été porté au pouvoir en 2014 avec une exceptionnelle majorité absolue en promettant à la jeune population indienne de créer 25 millions d’emplois par an et de doubler les revenus des agriculteurs. Ces deux promesses populistes n’ayant pu être tenues (lire ci-contre), le parti nationaliste hindou relance sa dialectique originelle et fondamentaliste : l’hindouisation de la société indienne et la confrontation militaire avec le Pakistan musulman.
Le BJP exploite à cette fin les frappes de l’aviation indienne, menées le 26 février contre des camps terroristes pakistanais. Ses dirigeants parlent de «l’armée de Modi», et non de l’armée indienne, et le Premier ministre s’est officiellement rebaptisé «Chowkidar», le «gardien» de la nation. Sur Twitter, tous les ministres, candidats et partisans du BJP sont tenus de faire figurer «Chowkidar» avant leur nom de profil, un geste imité par des milliers de sympathisants, donnant l’impression qu’une armée s’aligne derrière son chef, avec comme seule mission sa réélection à la tête du pays.
Le leader, qui fait l’objet d’un vrai culte de la personnalité et qui est donné favori, ne semble pourtant vouloir protéger qu’une partie de la nation indienne : les hindous, qui représentent 80 % d’une population estimée à 1,3 milliard d’habitants. Pour beaucoup, cette élection devrait donc décider si l’Inde veut garder son modèle pluraliste fondateur ou devenir un Etat hindou. Le bras idéologique du BJP est le RSS (l’organisation des volontaires nationaux), formation paramilitaire séculaire dont Narendra Modi est membre depuis l’enfance. Son objectif : établir cet Etat hindou. Pour cette mouvance, l’hindouisme est plus qu’une religion, il s’agit de la culture de l’Inde ancestrale et tout Indien doit donc se soumettre à ses préceptes, tels que l’adoration du dieu Rama et le respect de la vache sacrée.
Rickshaw de campagne, qui diffuse la chanson du BJP, à la sortie du meeting de Ghaziabad. ®SF
Guirlandes de fleurs
Depuis cinq ans, des groupes hindouistes liés au RSS ont ainsi attaqué des centaines de musulmans et de membres de basses castes, qu’ils accusaient, souvent à tort, de transporter illégalement des vaches vers l’abattoir. Selon Amnesty International, 39 musulmans sont morts sous les coups de ces «protecteurs de vaches». Un ministre d’Etat, Jayant Sinha, est personnellement allé féliciter, guirlandes de fleurs à l’appui, huit de ces extrémistes condamnés par la justice pour le meurtre d’un musulman. Narendra Modi, fervent utilisateur de Twitter, n’a quant à lui jamais condamné ces crimes.
«Ces personnes sont marginales et il ne faut pas les associer avec l’Inde dans son ensemble, tente de rassurer Vijay Kumar Singh, député du BJP et secrétaire d’Etat des Affaires étrangères, lors d’une entrevue avec Libération. Ces quatre dernières années ont été très pacifiques, il y a eu très peu d’émeutes.» Mais à l’ère des réseaux sociaux, quelques assauts xénophobes spectaculaires, amplifiés par Facebook et encouragés par le silence des pouvoirs publics, suffisent à produire le même effet : le sentiment de domination et d’impunité des hindouistes et l’ostracisation d’une population musulmane effrayée.
Cette scission religieuse est devenue flagrante dans la ville sacrée de Bénarès, circonscription de Narendra Modi. Les classes populaires hindoues se sentent revigorées par les messages suprémacistes de leur leader. Ashish Agrahari, petit commerçant de pièces automobiles de la ville millénaire et fils d’ardents militants communistes, adule le leader de la droite hindouiste : «Avec Modi, je me sens libre de dire que je suis hindou», assure-t-il tout en condamnant la laïcité pratiquée par les précédents gouvernements et inscrite dans la Constitution indienne. Quand on lui rappelle que Modi a été accusé de laisser se dérouler les pogroms antimusulmans qui ont fait 2 000 morts en 2002 dans l’Etat du Gujarat qu’il dirigeait, il répond : «Les musulmans essaient toujours d’imposer leur mode de vie et on ne peut pas toujours parler avec son ennemi. Donc la force peut être une bonne chose et depuis ces pogroms, ils ont compris la leçon.»
A quelques kilomètres de là, Maqbool Hasan examine de délicates soieries. Ce tisserand musulman, propriétaire de l’entreprise Resham India, a peur. «Avant, à Bénarès, nous pouvions aller sans crainte dans les quartiers hindous très peuplés. Plus maintenant. Les hindouistes décident de ce que nous devons manger, pour qui nous devons prier. Vous trouvez cela juste ?interroge ce sexagénaire à la barbe blanche. Et si nous disons que le BJP agit contre les musulmans, ils nous accusent d’être des traîtres et nous disent de partir vivre au Pakistan. Donc nous nous taisons et nous endurons les attaques.»

Article publié dans Libération le 11 avril 2019