vendredi 11 avril 2014

Elections législatives : Le vent hindouiste balaiera-t-il les Gandhi ?

Rahul Gandhi, débordant de dynamisme,
mais peu convaincant dans le discours. ©Sébastien Farcis 
Rien ne va plus dans la maison Inde. Le peuple ne répond plus aux promesses populistes d'antan, le respect des valeurs flanche. La famille Gandhi est aux abois. Trois des membres de l'une des plus puissantes dynasties politiques d'Asie sont partis sur les routes de la campagne pour essayer d'éviter un naufrage annoncé : Sonia, la mère et présidente du parti du Congrès, Priyanka, fille populaire mais habituellement en retrait, et surtout Rahul, qui parcourt depuis plusieurs semaines, inlassablement, les cieux indiens avec son hélicoptère blanc, et exhorte les électeurs, avec le dynamisme de ses 43 ans,  d'offrir au clan une nouvelle chance.

La réponse de ce peuple est souvent polie, timide, voire agacée : "il y en a assez de la corruption, dit l'un d'entre eux, à Ghaziabad. Ils lancent plein de bonnes subventions, mais l'argent, ce sont les fonctionnaires et les élus qui se le gardent ! Cela va tuer le Congrès". 

Le bel hélicoptère immaculé
de Rahul Gandhi, arrivant au meeting. ©S.F.
A la tête de la coalition gouvernementale depuis dix ans, le parti du Congrès a été accusé d'être impliqué, d'avoir toléré ou couvert de nombreuses affaires de corruption organisées par ses alliés. L'opposition n'a cessé de faire de chacune de ces révélations un nouveau cheval de combat, en perturbant le parlement pour créer un drame médiatique.  

Au quotidien, ce problème touche une corde sensible chez les électeurs, qui doivent payer des pots-de-vin outranciers afin d'obtenir un acte de naissance, changer leur passeport ou enregistrer leur bail.  Le fait que le gouvernement n'ait pas efficacement lutté contre ce fléau prouve qu'il s'en accommode, estiment beaucoup. Et le fléau est réel: l'Inde est classé 99e sur 177 pays par son niveau de corruption.

Le vent tourne donc, et c'est une tempête qui est sur le point de balayer le Congrès. Un "grand frais" qui s'appelle Narendra Modi. Ce leader hindouiste du parti de droite du BJP surfe sur la "vague" du changement avec une certaine efficacité : il vend l'idée de son modèle du Gujarat, cet Etat industriel de l'ouest de l'Inde qu'il dirige depuis 2001 avec un certain succès: une croissance de près de 10% par an sur la dernière décennie, des infrastructures de bonne qualité; de l'eau, de l'électricité disponibles en continu dans un pays où cela fait figure d'exception. 

Narendra Modi, plus crédible économiquement,
ici devant la convention des commerçants. ©Sébastien Farcis 
Ce bilan doré attire une population angoissée par une économie en berne, dont le taux de croissance du PIB a été divisé par deux en deux ans, et où les investissements ralentissent de manière inquiétante. La promesse d'un nouvel eldorado éblouit en partie ces électeurs, et permet de dissimuler les implications supposées et très probables de Narendra Modi dans les pires pogroms anti-musulmans qu'ait connu l'Inde ces dernières années, et qui ont fait plus de 1000 morts sous le contrôle de cet homme en 2002. 

Pour découvrir l'ascension vertigineuse de Narendra Modi vers le pouvoir, vous pouvez lire ce reportage que j'ai réalisé entre le Gujarat et New Delhi, ou écouter sa version audio, plus complète. 

Suivez aussi Rahul Gandhi dans sa campagne, depuis son hélicoptère jusqu'aux terrains difficiles de la banlieue de Delhi. 

Et les jeunes, dans tout ça ? La population indienne est extrêmement jeune, après tout ! Près d'un électeur sur six à moins de 23 ans, et votera donc pour la première fois à des législatives... Il fallait donc leur demander ce qu'ils en pensaient, de ces candidats. C'est fait ici  


mardi 21 janvier 2014

Un hôpital pour sauver les femmes victimes d'attaques à l'acide

C'est un bâtiment isolé, situé au bout d'une route déserte d'une banlieue paisible et fleurie. Nous sommes si proches de Bombay et de ses 20 millions d'habitants, mais le bruit infernal de cette mégalopole chaotique n'est plus que souvenir. 

Le National Burns Center fait figure, dès qu'on s'en approche, de havre de paix. Une tranquillité dont ses patients ont un grand besoin.  

Ouvert en 2009 par un chirurgien militant, Sunil Keswani et son père, cet hôpital accueille les grands brûlés venant de toute l'Inde et bien au-delà, de la sous-région dans son entier. Il est en effet le seul centre de toute l'Asie du Sud à détenir et alimenter une banque de peau, et donc à pouvoir réaliser des greffes urgentes et vitales pour ces accidentés. 

La plupart des personnes soignées ont été brûlées lors d'accidents industriels ou ménagers, mais environ une dizaine d'entre eux par an sont des victimes d'un des crimes les plus abjects, né de la folie des hommes: l'attaque à l'acide. Amoureux éconduits ou rivales jalouses, les auteurs vicieux ne manquent pas de mauvaises raisons pour passer à l'acte. Les femmes agressées se retrouvent alors le visage complètement ravagé et beaucoup ne survivent pas aux blessures profondes d'un acide qui brûle sans exception au 3e degré. 
Les laborantins traitent la peau récoltée
qui sera conservée et pourra ensuite être greffée
sur des grands brûlés. ©Sébastien Farcis  

Sunil Keswani, en créant cet hôpital, a décidé d'agir à sa manière contre cette injustice et de leur offrir une chance de survivre. Voire de vivre, même si ce sera en partie défigurées. 

Voici mon reportage sur ce combat, sous forme écrite ou en audio.    



vendredi 27 décembre 2013

L'homme du peuple prend le pouvoir à New Delhi

Il pourrait se fondre au milieu d'une foule indienne sans s'en distinguer, ni par le look, ni par l'attitude.

Arvind Kejriwal avance dans le monde sur-télévisé de la politique indienne habillé d'un simple pantalon gris et d'un pull uni bleu - ou avec les coloris inversés, parfois-, et drapé, en cet hiver brumeux de la capitale, d'une écharpe qui lui passe au-dessus de la tête, dans ce qui ressemble à un accoutrement de réfugié frigorifié.

Mais cela lui est égal : cet ancien cadre de l'inspection des impôts a la constance de ne pas se soucier de son apparence. L'impertinence d'avoir l'air ordinaire. Et d'en être fier : le seul signe distinctif, la seule médaille qu'il arbore et ne semble vouloir se défaire est ce beret triangulaire blanc sur lequel est écrit : "Mai hu aam admi", "Je suis un homme du peuple". L'apparence est un puissant langage, et qu'il le veuille ou non, Arvind Kejriwal en dit énormément à travers cette tenue ordinaire. 

Et c'est avec cet accoutrement "douteux" que cet homme sans prétention va devenir Ministre en chef du puissant et stratégique Etat de New Delhi, ce samedi 28 décembre, après que son jeune Aam Admi Party, le Parti de "l'homme du peuple", a remporté 40% des sièges du conseil régional. Dans ce pays où un seul parti, le Congrès, et un seul nom, les Nehru-Gandhi, ont réussi à tenir les reines de la politique nationale de manière quasiment monarchique depuis 65 ans, où la simple qualité d'être bien-né offre à Rahul Gandhi le droit de se présenter comme Premier ministre sans jamais avoir vraiment fait de politique, Arvind Kejriwal est en train d'initier une révolte étourdissante. 

Cela passe par des détails : la lutte contre les privilèges des nantis, qui s'octroient le droit de créer des embouteillages monstres dans la capitale en faisant hurler leurs sirènes. Refuser d'avoir des dizaines de policiers pour l'escorter, une habitude qui détourne ces forces de leur raison première, à savoir protéger les citoyens. Et décidant de prendre le métro pour se rendre à sa cérémonie de prise de fonctions. 

Cela serait taxé de populisme si cela venait de n'importe quel autre politicien. Mais Arvind Kejriwal, le regard toujours perdu et l'air timide, n'est pas un politicien. En tout cas, il ne joue pas selon les règles habituelles et cela déstabilise ses adversaires. Ce militant anti-corruption de longue date engage des candidats inexpérimentés et inconnus du grand public, mais au travail social de quartier reconnu, pour se présenter contre des caciques chevronnés, et les premiers déboulonnent les derniers. Lui-même, audacieux, suicidaire disaient beaucoup, est parti affronter l'ancienne Ministre en Chef de Delhi, en place depuis 15 ans, dans sa circonscription. Et il l'a terrassé. 

Arvind Kejriwal expérimente, écoute, avance les yeux et les oreilles ouvertes. Il trébuchera, se trompera, reviendra sur ses décisions. Mais ne semble pas avoir peur d'avouer ses erreurs. Car il ne calcule pas en terme de gain personnel, mais il avance en équipe, pour vraiment améliorer le quotidien des citoyens sans détourner des millions de roupies au passage. Eradiquer, tout simplement, cette gangrène terrible qui empêche l'Inde de grandir : la corruption. Et cela fait beaucoup de bien à voir.    

Pour découvrir le parcours exceptionnel d'un homme ordinaire, l'ascension fulgurante d'un ingénieur et cadre du ministère des impôts, jusqu'à la tête de la capitale indienne, voici un portrait diffusé sur France Culture. 


vendredi 29 novembre 2013

Bienvenue à Bombay, l'une des villes les plus bruyantes du monde

Le bidonville de Dharavi, en plein coeur de Bombay. ®Chandra Shekar
Bombay est une ruche : grouillante, fascinante, excitante même ... mais tellement fatigante ! Cette capitale financière de 20 millions d'habitants ne dort jamais, et pour les iconoclastes qui aimeraient freiner son rythme et se reposer, il y aura toujours le klaxon d'un rickshaw pour les réveiller. Et c'est reparti : "cours, ne t'arrête pas", car tout le monde ici a besoin d'aller plus vite. "On m'a dit que je pourrais devenir riche à Bombay". 
Mais cette frénésie a un prix : le bruit est permanent. Bombay a été classée par un centre de recherches indien comme la ville la plus bruyante du pays, ce qui est un triste record, très difficile à battre quand on connait le bruit permanent qui englobe toutes les autres métropoles du pays. Et en fait l'une des plus bruyantes du monde. (Voici les relevés officiels de jour et de nuit dans les différents quartiers de la ville. L'OMS recommande d'avoir un niveau de 55db en moyenne la journée pour rester sain d'esprit... on en est loin, même la nuit.)
  
C'est que cette ville est également l'une des plus densément peuplée de la planète. Pour se faufiler entre les carrioles des marchands ambulants, les grosses voitures qui se croient tout permis et les vélos à contre-sens, les 100 000 rickshaws noirs et jaunes qui parcourent ses rues à toute allure comme des abeilles ne connaissent qu'une seule règle de leur code de la route imaginaire : klaxonner. Klaxonner quand on démarre, klaxonner quand on double, quand on tourne. Ou klaxonner quand on se sent seul. Une dernière règle que j'ai déduit en essayant de comprendre pourquoi ce rickshaw qui me ramenait tranquillement chez moi avait eu besoin de klaxonner à 4h du matin, sur une avenue déserte...     
Il y aura aussi les dizaines de festivals pour ces centaines de dieux hindous, musulmans, jaïns, catholiques ou zoroastriens. Cette ville de migrants est une mosaïque de croyances et de dévotions. Et pour que les divinités les entendent dans ce chaos, il faudra faire encore plus de bruit... 

Que restera-t-il après tout ce bruit ? Les "mumbaïkars" ne le savent pas, car comme cette grenouille plongée dans un bain d'eau qui bout progressivement, ils se sont habitués à ce chaos et ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de se brûler les tympans. Le danger est pourtant très proche.  

En attendant, je vous propose de plonger dans cette frénésie sonore. Ouvrez vos oreilles : voici un reportage qui se passe pratiquement de commentaires. 





mercredi 30 octobre 2013

L'Aam Admi : les militants anti-corruption entrent dans l'arène politique

Des militants venus soutenir Anna Hazare à Bombay. ©Sébastien Farcis
Ils étaient partis... des millions, énervés, enragés, dans les rues de New Delhi, puis de tout le pays. Chapeau blanc sur la tête, emblème d'une révolution qui cherchait ses origines dans les combats de l'indépendance, ces petits soldats ordinaires, travailleurs de classe moyenne ou militants professionnels, marchaient vers un but : éradiquer la corruption du pays. 
Leur rage était à la mesure du cancer qui dévore le pays : l'Inde est classé comme l'un des pays les plus corrompus du monde ( 94e sur 176e selon Transparency International), où chaque papier dont aura besoin un Indien au long de sa vie, depuis l'acte de naissance de son enfant jusqu'à celui de la mort de ses parents, ne pourra être obtenu qu'en payant un fonctionnaire. L'administration est un droit qui coûte cher à cette population qui représente un Terrien sur six. 

A cette époque, en 2011, ils suivaient un guide de 74 ans, Anna Hazare, qui avait tous les attributs pour inspirer l'imaginaire révolutionnaire indien : pauvre et ascétique, âgé et usant de la grève de la faim comme arme ultime pour faire plier le régime de New Delhi. Nous étions retournés aux batailles inoubliables d'un Gandhi frêle se dressant contre le pouvoir autoritaire de l'empire colonial britannique. 

©Sébastien Farcis
Cette lutte aurait pu durer jusqu'à la mort du militant charismatique ou le passage de la loi qui mettrait en place l'autorité indépendante de lutte contre la corruption, comme le réclamaient les militants d'India Against Corruption. Mais aucun des deux n'arriva. 

Au lieu de cela, le gouvernement accepta de présenter une proposition de loi reprenant une partie des demandes des militants, et temporisa, comme le magnifique jeu parlementaire le permet. Et dans la rue, au bout de 18 mois et de la troisième grève de la faim, les militants se fatiguèrent. La rage s'était transformée en colère, pour finalement se mêler parmi toutes celles qui font le quotidien des Indiens. Et ne rajouter qu'un peu de frustration et de déception dans ce qui est gravement appelé "la plus grande démocratie du monde". 

Mais l'histoire ne se termina pas là. Anna Hazare avait fait long feu, mais sa flamme allait continuer à brûler dans l'esprit de ses lieutenants. Et surtout dans celui du plus fidèle et ambitieux d'entre eux, l'énervé et infatigable Arvind Kejriwal, ancien haut fonctionnaire et membre de l'élite de l'administration fiscale (Indian Revenue Service). 

Arvind Kejriwal. © DR
Ce dernier prit une décision controversée mais courageuse: créer un parti politique. Comme il était impossible de faire confiance aux élus pour mettre un terme à la corruption dont ils bénéficiaient, il fallait donc rentrer dans l'arène politique, et prendre soi-même les choses en main. Beaucoup de co-lieutenants désapprouvèrent ce choix et restèrent sur le trottoir des manifestations. Lui mena le combat de front. Et le changement, déjà, se fait percevoir. 


Ce changement n'est pour l'instant pas dans le fond, mais dans la forme. Le parti de Kejriwal, Aam Admi - qui veut dire l'"homme du peuple" en hindi - est déjà en train de créer un nouveau modèle politique en Inde. Il a très peu de fonds, mais les candidats doivent déclarer chaque recette ou dépense, ce qui est loin d'être une pratique dans le pays. Surtout, ces candidats sont élus par les membres du parti, un système de primaire encore inédit en Inde. Dans les autres formations politiques, beaucoup paient pour être sélectionnés par le parti des sommes pouvant aller jusqu'au million de dollars pour les postes de député national, ce qui ne fait qu'aggraver la corruption car ces élus devront alors trouver un moyen de se rembourser.  

L'Aam Admi connaitra son premier test de réalité le 4 décembre prochain, lors de sa première élection pour l'Assemblée régionale de New Delhi. Les sondages prévoient qu'il pourrait emporter une voix sur quatre, ce qui serait déjà extraordinaire pour un parti qui n'a qu'un an d'existence et fait face aux deux plus grandes formations politiques du pays, le Congrès et le BJP. 

Ce qui est déjà sûr, c'est que ce mouvement a entraîné dans sa course toute une classe moyenne qui, jusqu'à présent, était désabusée par la politique et ne pensait même plus voter un jour. Il faudra maintenant que l'Aam Admi atteigne les coeurs et les esprits des "hommes du peuple", ces classes pauvres qui représentent la majorité de l'électorat indien, pour faire une vraie différence. Et ainsi, peut-être, commencer à soigner l'Inde de cancer qui le dévore. 

Voici mon reportage au coeur de ce nouvel élan politique, avec les nouveaux militants du Aam Admi. 



mercredi 23 octobre 2013

Viols en Inde: une révolution sociale en marche ?

Cette ligne d'appels, mise en place à New Delhi,
croule sous les appels de femmes en détresse
qui osent maintenant dénoncer ces agressions.

Le 16 décembre dernier, quand six hommes aveuglés par l'alcool et leur frustration sexuelle ont assailli et violé une jeune étudiante de 23 ans dans un bus, ils ne pouvaient se douter que leur acte odieux allait contribuer à changer la manière dont on regarde les femmes en Inde. 
Pourtant, c'est ce qui semble être en train de se dérouler sous nos yeux. A un rythme aussi subtil et lent  que le permet ce pays immense aux niveaux sociaux si éclatés, mais dans un sens irréversible.  

Plus de dix mois après ce crime, non seulement les cinq violeurs encore en vie ont été condamnés (un mineur à trois ans d'incarcération et les autres à la peine de mort, alors que le sixième s'est pendu dans sa cellule), ce qui est extrêmement rapide pour la justice indienne. Mais surtout, la parole des femmes commence à se libérer, ouvrant la voie à une guérison sociale progressive. 

Une preuve de ce changement: entre janvier et juin de cette année, les plaintes pour viol à New Delhi ont été multipliées par trois. Difficile d'imaginer que le nombre réel de crimes ait augmenté aussi rapidement. C'est donc que les viols sont davantage rapportés par leurs victimes et pris en compte par les autorités. 

Le débat qui a suivi l'outrage causé par cet horrible viol collectif aura donc servi de catharsis salutaire à une société qui se modernise à grande vitesse mais vit encore, en grande majorité, selon des modèles patriarcaux moyenâgeux. 

"Auparavant, quand une femme était violée, elle n'osait pas en parler, car elle savait que tous les doigts seraient pointés sur elle. Elle porterait la faute. Aujourd'hui, la société, les médias et les institutions ont changé leur regard et portent leur attention sur l'auteur du crime", confirme Khalidjah Faruki, militante féministe depuis vingt ans et responsable du nouveau centre d'appels 181, destiné aux femmes en détresse. 

La femme violée n'est plus coupable. Elle est donc libre de parler. Cette prise de parole, initiée par une jeunesse éduquée et révoltée de New Delhi, mettra du temps à se propager au reste du pays. Mais soyons optimistes pour une fois, et croyons que, dans cette société indienne en perpétuelle ébullition verbale, ce changement ne s'arrêtera pas aux murs invisibles des grandes villes. 


Suivez-moi là où ce changement s'opère de manière flagrante, de jour comme de nuit : dans le centre d'appels et d'assistance juridique destiné aux femmes en détresse, ouvert par la région de New Delhi en janvier dernier. Là où les appels pleuvent et les premiers espoirs naissent. 

Le reportage audio est ici, et pour aller plus loin, voici la version écrite. 
  

mercredi 18 septembre 2013

Chute historique de la roupie : l'impact sur l'économie réelle

C'est une dégringolade historique qu'a connu la roupie ces derniers mois : la devise indienne a perdu 15% de sa valeur par rapport au dollar entre mi-mai et mi-septembre, et 20% par rapport à l'euro. Un bouillon inédit depuis près d'une décennie, dont les raisons sont doubles : cette chute a d'abord été déclenchée par l'annonce de la Réserve fédérale américaine (FED) de sa décision de mettre un terme à son plan d'injections massives de liquidités pour le soutien de l'économie américaine. D'autres économies émergentes comme le Brésil, la Turquie, l'Afrique du Sud et l'Indonésie, qui bénéficiaient de ces largesses, ont souffert par anticipation de ce retrait planifié de devises. 
Mais l'économie indienne a été la plus affectée, car son économie est encore fragile, minée par un compte courant déficitaire (4,9% du PIB) et une inflation galopante (7% par an, et plus de 10% pour les produits alimentaires). 

La dévaluation actuelle a déjà commencé à semer le trouble dans la troisième économie asiatique, et pourrait encore plus plomber un PIB au plus bas depuis dix ans, s'élevant à 4,4% au dernier trimestre.
Les premiers secteurs à subir le choc sont le transport aérien et l'automobile - le premier beaucoup plus fortement que le deuxième, ainsi que l'industrie sidérurgique et les infrastructures qui y sont liées. Alors que quelques-uns, comme les services informatiques, la pharmacie et le textile, pourraient, en tant qu'exportateurs, marginalement bénéficier de cette dégringolade de la devise nationale. 

Mon reportage sur l'effet de cette dévaluation de la roupie, à retrouver ici. 

Et pour écouter toute l'émission sur le sujet, rendez-vous ici.